
La convention collective de la pharmacie d’officine ajoute au salaire minimum plusieurs primes, dont les plus courantes sont la prime d’ancienneté et les primes liées à une qualification ou à une fonction particulière. La prime d’ancienneté atteint 3 % à 15 % du salaire minimum du coefficient selon l’ancienneté du salarié, tandis que les autres primes sont exprimées en pourcentage de ce minimum ou en multiples de la valeur du point. Une partie de ces règles a été modifiée en 2026 par un avenant qui n’est pas encore étendu, de sorte que leur montant dépend, pour certaines primes, de l’adhésion du titulaire à une organisation signataire. Le titulaire doit donc identifier, pour chaque salarié, la prime due et le texte qui la fonde.
La convention collective nationale de la pharmacie d’officine du 3 décembre 1997 (IDCC 1996) a été conclue entre les organisations de pharmaciens titulaires et les syndicats de salariés. Elle est étendue, c’est-à-dire rendue obligatoire pour toutes les officines par arrêté du ministre chargé du travail.
Son article 11 attribue à chaque salarié une prime mensuelle de 3 %, 6 %, 9 %, 12 % et 15 %, « après respectivement 3 ans, 6 ans, 9 ans, 12 ans et 15 ans d’ancienneté ». La prime est due à compter du 1er jour du mois anniversaire de l’embauche (CCN pharmacie d’officine art. 11).
Elle est calculée sur le salaire minimum du coefficient du salarié, et non sur son salaire réel, proportionnellement au nombre d’heures effectives de travail et sans tenir compte des majorations pour heures supplémentaires (CCN pharmacie d’officine art. 11).
Par calcul, un préparateur au coefficient 300, dont le minimum est de 2 401,54 euros depuis le 17 avril 2026, perçoit après 6 ans d’ancienneté une prime de 144,09 euros par mois à temps plein.
La prime figure sur une ligne spécifique du bulletin et « ne doit pas être prise en considération » pour vérifier que le salarié perçoit au moins le minimum de son coefficient (CCN pharmacie d’officine art. 11). Elle s’ajoute donc toujours au salaire minimum de la grille.
L’ancienneté est le temps de présence continue dans l’entreprise, « quelles que puissent être les modifications survenant dans la nature juridique de celle-ci », par exemple une cession ou une transformation de l’officine (CCN pharmacie d’officine art. 11). Le cessionnaire d’une officine reprend donc l’ancienneté acquise chez le cédant.
Sont également pris en compte, notamment :
Certaines absences comptent comme temps de présence, comme les congés payés, les congés de maternité ou de paternité, la moitié du congé parental et les arrêts d’origine professionnelle. La maladie non professionnelle n’est retenue que dans la limite de 6 mois par année civile (CCN pharmacie d’officine art. 11).
L’article 8 de la convention prévoit plusieurs primes qui ne se confondent pas avec le salaire de base et n’entraînent aucune modification du coefficient :
Les primes exprimées en pourcentage sont calculées proportionnellement aux heures effectives de travail. La prime de préparations est, quant à elle, qualifiée de forfaitaire par le texte (CCN pharmacie d’officine art. 8).
Un certificat de qualification professionnelle (CQP) est une qualification créée et délivrée par la commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelle (CPNEFP) de la branche. Son titulaire perçoit une prime forfaitaire mensuelle s’il pratique effectivement les activités associées, définies pour chaque CQP par l’article 8 (CCN pharmacie d’officine art. 8).
L’avenant du 30 mars 2026 a modifié ces primes à compter du 1er mai 2026. Il porte à 40 fois la valeur du point les primes des CQP « Dermo-cosmétique pharmaceutique » et « Produits cosmétiques et d’hygiène », auparavant de 30 et 20 fois, et crée une prime de 40 fois la valeur du point pour le CQP « phytothérapie, aromathérapie et herboristerie en pharmacie d’officine » (Avenant du 30-3-2026 art. 1er et 2).
Cet avenant n’est pas étendu au 30 octobre 2026 : un avis d’extension a été publié le 8 mai 2026, mais aucun arrêté n’est intervenu. Or un texte non étendu n’oblige que ses signataires et les membres des organisations signataires (C. trav. art. L. 2262-1). Du côté des employeurs, il n’a été signé que par la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), et non par l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO).
Il en résulte deux régimes :
Il est dès lors recommandé au titulaire non adhérent de surveiller la publication d’un arrêté d’extension, qui rendrait les nouveaux montants obligatoires pour toutes les officines.
Le pharmacien qui remplace le titulaire absent perçoit au minimum une prime de 5 fois la valeur du point par jour calendaire de remplacement, soit 26,39 euros par calcul, y compris les jours non travaillés. Le pharmacien présent dans l’officine depuis au moins 4 mois n’y a droit que si l’absence dépasse 14 jours calendaires, et à compter du 15e jour (CCN pharmacie d’officine annexe I art. 2).
Celui qui assure la gérance de l’officine après le décès du titulaire perçoit au minimum une prime mensuelle de 150 fois la valeur du point, soit 791,70 euros par calcul (CCN pharmacie d’officine annexe I art. 2). Ces deux primes concernent principalement le pharmacien adjoint, cadre de l’officine.
Le maître d’apprentissage ou le tuteur d’un salarié en alternance a droit à une prime tutorale mensuelle de 15 points, soit 79,17 euros par calcul, pendant la durée effective de sa mission (Accord du 7-3-2016 art. 16.3). Cet accord forme l’annexe II de la convention, consacrée à la formation professionnelle et à l’apprenti préparateur en pharmacie.
Le salarié qui exécute temporairement des travaux d’une classification supérieure perçoit une indemnité égale à la différence entre son minimum et celui de l’emploi occupé, dans la limite du salaire du salarié remplacé (CCN pharmacie d’officine art. 14).
Enfin, après 12 mois de présence, tout le personnel reçoit une indemnité forfaitaire annuelle pour frais d’équipement, versée en une fois au plus tard le 31 octobre (CCN pharmacie d’officine art. 9). Son montant est de 92 euros depuis le 1er janvier 2026, et s’impose à toutes les officines depuis la publication de l’arrêté d’extension le 17 avril 2026 (Accord du 19-1-2026 frais d’équipement art. 1er et 2).
Le bulletin de paie mentionne notamment les primes de l’article 8, la prime d’ancienneté, l’indemnité pour frais d’équipement et la prime de remplacement du titulaire, qui complètent ainsi la classification et la rémunération dans l’officine (CCN pharmacie d’officine art. 15).
Xavier Berjot, avocat associé, Cabinet SANCY Avocats. État du droit au 30 octobre 2026.
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