L’entretien de parcours professionnel et l’évolution de carrière dans la métallurgie

Entretien professionnel dans la métallurgie : périodicité légale et de branche, état des lieux, abondement du CPF, évolution du classement.
Deux fauteuils face à face autour d’une table basse dans un bureau : l’entretien de parcours professionnel et l’évolution de carrière dans la métallurgie
Depuis la loi du 24 octobre 2025, l’entretien professionnel est devenu l’entretien de parcours professionnel, organisé dans la première année suivant l’embauche puis tous les 4 ans. Dans la métallurgie, un accord de branche étendu prévoit un rythme plus soutenu et un état des lieux à 6 ans, alors que la loi s’applique désormais aux accords en cours portant sur la périodicité. L’employeur doit donc articuler deux calendriers, avec un risque d’abondement du compte personnel de formation dans les entreprises d’au moins 50 salariés. L’entretien est aussi le moment où se préparent les évolutions d’emploi et de classement prévues par la convention.

1. L’entretien de parcours professionnel prévu par la loi

1.1. La périodicité et le contenu de l’entretien

Lors de son embauche, le salarié est informé qu’il bénéficiera d’un entretien de parcours professionnel au cours de sa première année ; tout salarié restant dans l’entreprise en bénéficie ensuite « tous les quatre ans » (C. trav. art. L. 6315-1). L’entretien porte sur ses compétences et qualifications, sa situation et son parcours, ses besoins de formation, ses souhaits d’évolution et l’utilisation de son compte personnel de formation (C. trav. art. L. 6315-1).

L’entretien est organisé par l’employeur, conduit par un supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction pendant le temps de travail, et donne lieu à un document dont une copie est remise au salarié. Il « ne porte pas sur l’évaluation du travail du salarié » (C. trav. art. L. 6315-1). Il est en outre proposé au salarié qui reprend son poste après, notamment, un congé de maternité, d’adoption ou parental, un congé de proche aidant, un congé sabbatique, un arrêt longue maladie ou un mandat syndical, lorsqu’il n’a eu aucun entretien dans les 12 mois précédant sa reprise (C. trav. art. L. 6315-1).

1.2. Les entretiens de mi-carrière et d’avant 60 ans

L’entretien est organisé dans les 2 mois suivant la visite médicale de mi-carrière, sans que l’employeur ait accès aux données de santé du salarié ; il aborde alors l’adaptation ou l’aménagement du poste, la prévention de l’usure professionnelle, les besoins de formation et les souhaits de mobilité ou de reconversion (C. trav. art. L. 6315-1). Le premier entretien des 2 années précédant le soixantième anniversaire traite en outre du maintien dans l’emploi et des aménagements de fin de carrière, notamment le temps partiel ou la retraite progressive (C. trav. art. L. 6315-1).

1.3. L’état des lieux à 8 ans et l’abondement correctif

Tous les 8 ans, l’entretien dresse un état des lieux récapitulatif du parcours, qui vérifie la tenue des entretiens et apprécie si le salarié a suivi au moins une formation, acquis des éléments de certification ou bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle (C. trav. art. L. 6315-1). Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le salarié qui n’a pas bénéficié des entretiens prévus et d’au moins une formation autre qu’une formation obligatoire voit son compte personnel de formation abondé par l’employeur (C. trav. art. L. 6315-1).

Un accord d’entreprise ou, à défaut, de branche peut fixer une autre périodicité, « sans que celle-ci excède quatre ans », et d’autres critères d’appréciation du parcours (C. trav. art. L. 6315-1).

2. Les stipulations de la branche et leur articulation avec la loi

2.1. L’accord de branche du 8 novembre 2019

La convention collective nationale de la métallurgie du 7 février 2022 (IDCC 3248) a été conclue entre l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) et les organisations syndicales CFDT, FO et CFE-CGC (Cass. soc. 4-10-2023, n° 22-23.551, publié au Bulletin). Étendue par arrêté du 14 décembre 2022 publié au Journal officiel du 22 décembre 2022, elle s’applique depuis le 1er janvier 2024, sa partie consacrée à la protection sociale complémentaire depuis le 1er janvier 2023 (Arrêté du 14-12-2022 art. 1er ; CCN métallurgie art. 182). Elle renvoie la définition de l’entretien professionnel à l’accord autonome sur l’emploi et la formation (CCN métallurgie art. 65.2).

Cet accord national du 8 novembre 2019, étendu par arrêté du 15 juin 2020 publié au Journal officiel du 30 juillet 2020 et prolongé jusqu’au 31 décembre 2027, prévoit dans sa version consolidée (Accord du 8-11-2019 art. 11.1 à 11.3 ; Avenant du 13-12-2024 art. 1er) :

  • un entretien « tous les 2 ans », dont l’employeur peut aménager le rythme jusqu’au 31 décembre 2027 sous réserve d’au moins deux entretiens sur 6 ans, un troisième étant organisé sur demande écrite du salarié ;
  • un état des lieux récapitulatif tous les 6 ans ;
  • dans les entreprises d’au moins 50 salariés, un abondement correctif de 3 000 euros du compte personnel de formation lorsque les entretiens et une formation non obligatoire ont manqué au cours des 6 années.

2.2. L’application de la loi aux accords en cours depuis le 1er octobre 2026

La loi du 24 octobre 2025 impose aux entreprises et aux branches ayant conclu un accord sur le fondement de l’ancien texte d’engager une négociation pour le rendre conforme, et prévoit que le nouvel article L. 6315-1 « s’applique à compter du 1er octobre 2026 aux accords collectifs d’entreprise ou de branche en cours de validité à cette date portant sur la périodicité des entretiens professionnels » (Loi n° 2025-989 du 24-10-2025 art. 3, II).

Aucun avenant de révision de l’accord de branche sur ce point n’a été relevé au 5 novembre 2026. La portée exacte de cette disposition sur le rythme de 2 ans, sur l’aménagement prévu jusqu’à fin 2027 et sur l’état des lieux à 6 ans n’est pas tranchée. Il est dès lors recommandé à l’employeur de tenir les entretiens au rythme de 2 ans prévu par la branche, sans jamais laisser s’écouler plus de 4 ans entre deux entretiens, et de chiffrer son exposition à l’abondement selon les deux textes, en s’appuyant au besoin sur l’analyse de l’entretien de parcours professionnel.

3. L’entretien au service de l’évolution de carrière

3.1. La description de l’emploi et le classement

Chaque emploi fait l’objet d’une description écrite, rédigée en français et communiquée au salarié, qui est réexaminée lors de l’entretien professionnel (CCN métallurgie art. 63.1). La version mise à jour est, le cas échéant, adressée au salarié à la suite de l’entretien (Accord du 8-11-2019 art. 11.1).

Lorsque l’élargissement des fonctions est significatif et durable, l’employeur vérifie la cotation de l’emploi ; toute modification de l’emploi décidée par l’employeur entraînant une modification de classement « constitue nécessairement la modification d’un élément essentiel du contrat de travail » (CCN métallurgie art. 63.2.3). Une telle évolution suppose donc l’accord du salarié, auquel le nouveau classement est notifié selon les règles de mise en place de la classification (CCN métallurgie art. 63.2.3).

3.2. Le projet d’évolution professionnelle

Lorsque l’employeur et le salarié s’accordent, notamment lors de l’entretien, sur un projet d’évolution, l’employeur identifie avec lui les actions à engager, telles que les formations, les certifications et le calendrier (CCN métallurgie art. 66.1). Une fois la qualification obtenue, par exemple un certificat de qualification paritaire de la métallurgie, l’employeur examine les conditions d’un accès prioritaire du salarié à un emploi disponible, et le salarié qui accède à un nouvel emploi bénéficie du classement correspondant (CCN métallurgie art. 66.2 et 67).

L’accès à un emploi classé dans les groupes F à I confère la qualité de cadre au sens de la convention (CCN métallurgie art. 62.2). Le passage cadre résulte ainsi du classement de l’emploi effectivement tenu, et non de l’entretien lui-même.

3.3. Les salariés à responsabilités et la fin de carrière

Pour les salariés occupant des postes à responsabilité, les entretiens menés en dernière partie de carrière recensent les compétences acquises et examinent les actions facilitant les transitions, comme le tutorat ou le passage d’un forfait en jours à un décompte en heures pour bénéficier d’une retraite progressive (CCN métallurgie art. 173). L’employeur adapte la charge de travail des responsables hiérarchiques pour leur permettre de conduire les entretiens professionnels (CCN métallurgie art. 173), que l’accord de branche qualifie d’« acte clé du management » (Accord du 8-11-2019 art. 11.1). Ces orientations s’inscrivent dans la politique de formation et de carrière de l’entreprise.

Xavier Berjot, avocat associé, Cabinet SANCY Avocats. État du droit au 5 novembre 2026.

Une situation à clarifier ?

Le premier échange est gratuit. 30 minutes pour comprendre votre situation, identifier les enjeux et vous orienter. Sans engagement.