
Les salaires du bâtiment et des travaux publics, dits BTP, ne relèvent pas d’une grille nationale unique : les minima des ouvriers et des employés, techniciens et agents de maîtrise, dits ETAM, sont fixés par des accords régionaux, mensuels dans le bâtiment et annuels dans les travaux publics, tandis que les cadres relèvent de barèmes nationaux. L’employeur doit donc appliquer le barème de la convention dont relève le salarié et de la région de l’établissement, en vérifiant la date d’extension de l’accord. Le salaire minimum interprofessionnel de croissance s’applique comme plancher lorsque certains minima d’entrée lui sont inférieurs. Le salaire mensuel rémunère l’exercice normal du métier, et seules s’y ajoutent les primes prévues par les textes, au premier rang desquelles la prime de vacances.
Les ouvriers du bâtiment relèvent de deux conventions collectives nationales du 8 octobre 1990, l’une pour les entreprises occupant jusqu’à 10 salariés (IDCC 1596), étendue par arrêté du 12 février 1991, l’autre pour celles occupant plus de 10 salariés (IDCC 1597), étendue par arrêté du 8 février 1991. Les barèmes de salaires minimaux sont « fixés à l’échelon régional » et définissent un salaire mensuel minimal pour 35 heures par semaine (CCN ouvriers du bâtiment plus de 10 salariés art. 12.8).
Un accord régional ne devient obligatoire pour toutes les entreprises de son champ qu’après un arrêté d’extension (C. trav. art. L. 2261-15). En Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), l’accord du 6 juillet 2026 fixe, à compter du 1er septembre 2026, des minima mensuels allant de 1 900,00 euros au coefficient 150 à 2 756,00 euros au coefficient 270 (Accord PACA du 6-7-2026 art. 2). Étendu par un arrêté publié au Journal officiel du 16 octobre 2026, il ne s’impose qu’à cette date aux entreprises qui n’adhèrent pas à une organisation signataire (Arrêté du 13-10-2026 art. 4). En Normandie, l’accord du 10 février 2026, applicable depuis le 1er avril 2026, retient 1 823,03 euros au coefficient 150 et 2 527,04 euros au coefficient 270 (Accord Normandie du 10-2-2026 art. 2).
Les salaires minima régionaux des ouvriers du bâtiment varient donc sensiblement : un compagnon professionnel au coefficient 230 a droit à 2 410,00 euros en PACA, contre 2 210,88 euros en Normandie. Le minimum dépend du positionnement retenu par la classification des ouvriers du BTP.
La convention collective nationale des ouvriers des travaux publics du 15 décembre 1992 (IDCC 1702), étendue par arrêté du 27 mai 1993, fait de la rémunération annuelle la rémunération de l’ouvrier, tout en imposant un salaire mensuel indépendant du nombre de jours travaillés (CCN ouvriers des travaux publics art. 4.1). Les barèmes régionaux, fixés une fois par an pour 35 heures, multiplient une valeur de point annuelle par le coefficient de chaque échelon (CCN ouvriers des travaux publics art. 4.7). En Île-de-France, l’accord du 16 janvier 2026 fixe ainsi des minima annuels de 23 709 euros au niveau I, position 1, à 34 569 euros au niveau IV (Accord Île-de-France du 16-1-2026 art. 1er).
Le minimum s’apprécie en fin d’année civile, en additionnant les éléments bruts acquis, congés payés et éléments permanents compris, hors remboursements de frais, heures supplémentaires et primes liées à des contraintes particulières de travail. Le complément éventuel doit être versé avant la fin du premier mois de l’année suivante (CCN ouvriers des travaux publics art. 4.1).
En Occitanie, où le minimum annuel du niveau II, position 1, est de 24 606 euros pour 2026 (Accord Occitanie du 8-12-2025 art. 1er), l’ouvrier employé toute l’année qui a perçu 24 000 euros d’éléments retenus doit recevoir 606 euros au plus tard le 31 janvier 2027. Cette garantie annuelle propre aux salaires minima des ouvriers des travaux publics ne dispense pas de verser chaque mois au moins le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic).
Les employés, techniciens et agents de maîtrise (ETAM) du bâtiment relèvent de la convention collective nationale du 12 juillet 2006 (IDCC 2609), étendue par arrêté du 5 juin 2007, qui renvoie à des barèmes régionaux négociés au moins une fois par an pour un horaire mensuel moyen de 151,67 heures (CCN ETAM du bâtiment art. 3.2.2). En PACA, ces minima vont, depuis le 1er septembre 2026, de 1 900,00 euros au niveau A à 3 409,30 euros au niveau H (Accord PACA ETAM du 6-7-2026).
Les ETAM des travaux publics relèvent d’une convention distincte du même jour (IDCC 2614), étendue par arrêté du 15 juin 2007, et de minima régionaux exprimés en montant annuel : en Île-de-France, de 23 545 euros au niveau A à 40 624 euros au niveau H pour 2026 (Accord Île-de-France ETAM TP du 16-1-2026).
Les cadres des travaux publics, couverts par la convention collective nationale du 20 novembre 2015 (IDCC 3212), étendue par arrêté du 5 juin 2020, bénéficient d’un barème national annuel : le dernier accord publié, du 14 novembre 2023, fixe depuis le 1er janvier 2024 des minima de 33 257 euros en position A1 à 57 592 euros en position C2 (Accord du 14-11-2023 art. 1er). Le cadre en forfait annuel en jours a droit au minimum de sa position majoré de 15 % (CCN cadres des travaux publics art. 3.3.5).
La convention des cadres du bâtiment du 1er juin 2004 (IDCC 2420) n’est pas étendue. Les minima mensuels de ces cadres résultent en dernier lieu de l’avenant n° 78 du 19 janvier 2026, applicable depuis le 1er février 2026 pour 39 heures par semaine, par exemple 2 356 euros au coefficient 60 et 3 622 euros au coefficient 100 (Avenant n° 78 du 19-1-2026 art. 1er). Non étendu et signé du côté patronal par la seule Fédération française du bâtiment (FFB), il ne s’impose qu’aux entreprises qui en sont adhérentes (C. trav. art. L. 2262-1). Les salaires minima des ETAM et des cadres du BTP supposent d’identifier le texte opposable à l’entreprise.
Depuis le 1er juin 2026, le Smic est fixé à 12,31 euros l’heure, soit 1 867,02 euros bruts par mois pour 35 heures hebdomadaires selon la notice de l’arrêté (Arrêté du 22-5-2026 art. 1er). Payer un salaire inférieur constitue une contravention de la 5e classe, appliquée autant de fois qu’il y a de salariés concernés (C. trav. art. R. 3233-1).
En Normandie, les minima des coefficients 150 et 170 des ouvriers et celui du niveau A des ETAM lui sont inférieurs : ces salariés doivent percevoir au moins 1 867,02 euros. Le salaire comparé au Smic comprend les majorations ayant le caractère de complément de salaire, mais non les remboursements de frais, les majorations pour heures supplémentaires et la prime de transport (C. trav. art. D. 3231-6).
Dans le bâtiment, le salaire mensuel rémunère l’ouvrier « pour tous les aspects de l’exercice normal et habituel de leur métier » : seules peuvent s’y ajouter des primes pour travaux occasionnels représentant des conditions particulières, comme les primes d’insalubrité ou de pénibilité, fixées à l’échelon régional (CCN ouvriers du bâtiment plus de 10 salariés art. 4.1). Dans les travaux publics, ces primes relèvent des avenants de spécialités et sont « des primes horaires fixées en valeur absolue » (CCN ouvriers des travaux publics art. 1.2).
Les travaux pénibles ouvrent droit à des pauses quotidiennes égales à 10 % du temps de travail pénible, rémunérées comme du temps de travail effectif (CCN ouvriers du bâtiment plus de 10 salariés art. 3.30). L’ouvrier qui utilise un brise-béton pendant 6 heures dans la journée doit ainsi bénéficier de 36 minutes de pause payée. Tel est le socle des primes et indemnités conventionnelles du BTP.
La prime de vacances du BTP est égale à 30 % de l’indemnité de congé correspondant aux 24 jours ouvrables de congé légal ; l’ouvrier du bâtiment y a droit s’il a accompli au moins 1 675 heures au cours de l’année de référence (CCN ouvriers du bâtiment plus de 10 salariés art. 5.25). Le seuil est de 1 200 heures pour l’ouvrier des travaux publics (CCN ouvriers des travaux publics art. 5.8) et de 6 mois de présence pour l’ETAM du bâtiment (CCN ETAM du bâtiment art. 5.1.2). Une indemnité de congé de 1 800 euros donne une prime de 540 euros.
Les indemnités de repas, de trajet et de grand déplacement relèvent quant à elles du régime des petits et grands déplacements dans le BTP, qui rembourse des frais et ne complète pas le salaire.
Xavier Berjot, avocat associé, Cabinet SANCY Avocats. État du droit au 7 novembre 2026.
Le premier échange est gratuit. 30 minutes pour comprendre votre situation, identifier les enjeux et vous orienter. Sans engagement.
